CNPRI, contrôles miniers et traçabilité : quand les vidéos venues de l’étranger doivent céder la place aux preuves
Des vidéos diffusées depuis l’étranger circulent sur les réseaux sociaux. Elles prétendent montrer des minerais congolais à très haute teneur qui auraient quitté frauduleusement la République démocratique du Congo.
Le récit est spectaculaire. Mais une question fondamentale demeure : où sont les preuves techniques et administratives permettant de confirmer ces affirmations ?
Car dans le secteur minier congolais, un minerai stratégique n’est pas censé pouvoir disparaître du circuit officiel comme une marchandise ordinaire.

UN DISPOSITIF DE SURVEILLANCE QUI NE SE LIMITE PAS À LA MINE
Le contrôle minier repose sur plusieurs intervenants et plusieurs étapes. De l’exploitation au transport, du traitement à la commercialisation, puis à l’exportation, différentes administrations et structures spécialisées interviennent selon leurs compétences.
Le CNPRI constitue notamment un maillon technique important pour les questions relevant de la radioprotection et des matières susceptibles de présenter des risques radiologiques.
Ses missions comprennent notamment les autorisations, les inspections, la réglementation et la surveillance des activités mettant en œuvre des sources de rayonnements ionisants.
Dans les provinces minières, ses contrôles et inspections participent donc à la connaissance et à la surveillance des risques liés à certaines matières présentes dans l’environnement minier.
ALORS, COMMENT UN MINERAI À HAUTE TENEUR POURRAIT-IL DISPARAÎTRE ?
C’est précisément la question que les auteurs de ces vidéos devraient pouvoir documenter.
Quel minerai ? Quelle teneur ? Quel site d’origine ? Quel exploitant ? Quel transporteur ? Quel itinéraire ? Quel point de sortie ? Quels documents ? Quels résultats d’analyse ?
Sans réponses précises à ces questions, une vidéo demeure une information à vérifier, et non une preuve définitive de fraude.
La RDC ne doit évidemment pas prétendre que la fraude minière est impossible. Elle doit plutôt démontrer que son dispositif de surveillance permet de détecter, tracer, documenter et sanctionner les irrégularités.
LE JOURNALISME NE PEUT PAS REMPLACER L’EXPERTISE
Une image montrant des sacs, des camions ou des minerais ne permet pas, à elle seule, d’établir leur origine géographique ou leur teneur.
Une véritable démonstration exige des analyses, des documents de traçabilité, des vérifications douanières et minières, ainsi que l’identification de la chaîne de possession du minerai.
C’est là que s’arrête le spectacle et que commence l’enquête.
Si les vidéos sont exactes, que leurs auteurs produisent les éléments permettant de le démontrer.
Si elles sont inexactes ou manipulées, les autorités congolaises doivent également le démontrer par des faits.
NE PAS CONFONDRE DOUTE ET PREUVE
Dans un contexte où les minerais congolais sont devenus des ressources stratégiques et où la RDC fait face à de nombreuses campagnes d’information et de désinformation, la prudence est indispensable.
Il serait irresponsable de nier l’existence de la fraude minière.
Mais il serait tout aussi irresponsable de transformer automatiquement une vidéo diffusée depuis l’étranger en vérité officielle.
La République doit répondre aux accusations par la transparence, les analyses et les documents.
Et ceux qui accusent doivent accepter la même exigence.
NOTRE CONCLUSION
Le débat ne devrait donc pas être : « La RDC contrôle-t-elle ses minerais ? »
Il devrait être :
« Où sont les preuves permettant d’établir que tel minerai, de telle teneur, provenant de tel site congolais, a effectivement quitté clandestinement le territoire national ? »
Tant que cette démonstration n’est pas faite, les vidéos en circulation doivent être considérées avec la plus grande prudence.
Dans le secteur minier, une image peut alerter. Une analyse peut confirmer. Un document peut établir. Mais une accusation sans preuve ne peut pas devenir une vérité par la seule force des réseaux sociaux
Sylvain Mwamba journaliste d’investigation et défenseur international des droits humains












Leave a Reply