Quand la MIBA produisait, les diamantaires prospéraient. Quand la MIBA s’est effondrée, le commerce s’est lui aussi retrouvé à genoux. Coïncidence ? Le doute mérite une enquête.
Il y a des coïncidences qui finissent par devenir des questions nationales.
Au Kasaï-Oriental, une question devrait aujourd’hui être posée sans détour : comment expliquer que l’âge d’or de la MIBA ait également été celui de la prospérité d’une grande partie du commerce diamantaire, alors que son déclin industriel a été suivi par l’effondrement de ce même milieu ?
Pendant que la MIBA tournait, les diamants circulaient. Les comptoirs fonctionnaient, les négociants achetaient, les fortunes se construisaient. Les pierres de grande qualité alimentaient un commerce florissant.
Puis la MIBA a commencé à perdre sa capacité de production.
Et progressivement, le marché local s’est asséché.
Que s’est-il passé ?
Certains expliqueront cette situation par la crise internationale du diamant. C’est une réalité. D’autres évoqueront la montée de l’exploitation artisanale, la faiblesse des investissements et les difficultés d’accès au marché.
Mais ces explications ne suffisent peut-être pas.
Car une question demeure : si les diamants étaient aussi abondants en dehors de la MIBA, pourquoi la disparition progressive de la production industrielle a-t-elle eu un impact aussi profond sur tout l’écosystème diamantaire de Mbuji-Mayi ?
C’est ici que commence le véritable problème.
Il ne faut accuser personne sans preuve. Mais il faut également refuser de fermer les yeux devant les incohérences.
D’où venaient réellement les diamants qui alimentaient autrefois certains circuits commerciaux ?
Quels volumes étaient produits par la MIBA ?
Quels volumes provenaient de l’exploitation artisanale ?
Combien étaient officiellement déclarés ?
Qui les achetait ?
À quels prix ?
Et surtout, par quels circuits quittaient-ils le Kasaï-Oriental ?
Ces questions ne sont pas une attaque contre les diamantaires. Elles sont une exigence de transparence.
La MIBA comme révélateur
La MIBA n’était pas seulement une société minière. Elle était le cœur d’un système économique.
Son activité faisait vivre des milliers de personnes et structurait le commerce du diamant dans toute la région. Lorsque cette locomotive s’est arrêtée, une partie importante du train économique s’est arrêtée avec elle.
Mais si tel est le cas, cela signifie également que le véritable potentiel diamantifère du Kasaï-Oriental doit être réévalué à partir de données vérifiables, et non de discours.
La relance de la MIBA pourrait donc produire un effet beaucoup plus important qu’une simple reprise de production.
Elle pourrait être un test grandeur nature.
Si la MIBA retrouve une production industrielle significative, le marché local du diamant retrouvera-t-il son dynamisme ? Les négociants retrouveront-ils leurs volumes ? Les exportations augmenteront-elles ? Les recettes publiques progresseront-elles ?
Les réponses permettront peut-être de comprendre ce qui s’est réellement passé pendant les années de déclin de la MIBA.
Et c’est pourquoi la relance de cette entreprise stratégique doit s’accompagner d’une exigence : traçabilité, transparence et contrôle des flux diamantifères.
Le Kasaï-Oriental ne peut plus accepter que son sous-sol soit riche tandis que sa population demeure pauvre.
Les diamants appartiennent à la République. La question n’est donc plus seulement : qui les extrait ? Mais surtout : qui s’enrichit grâce à eux, où vont-ils et combien l’État congolais en récupère-t-il réellement ?
Voilà la question que personne ne devrait avoir peur de poser.
Parce qu’au fond, l’histoire de la MIBA pose une question encore plus troublante : si la mine s’est arrêtée, pourquoi tant de fortunes liées au diamant se sont-elles également arrêtées ?
Il est temps de regarder les chiffres. Et peut-être, enfin, de regarder derrière les chiffres.
Cette version peut aussi servir de base à une enquête journalistique plus lourde, avec CEEC, MIBA, négociants, anciens responsables et statistiques d’exportation comme points de vérification.
Dossier à suivre.
Sylvain Mwamba journaliste d’investigation et défenseur international des droits humains












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