Avec 53 290 tonnes importées en juillet, la RDC représente désormais 23,9 % des importations américaines de cuivre. L’hésitation de Washington sur une éventuelle taxe sur le cuivre raffiné pourrait préserver, au moins temporairement, la compétitivité des cathodes congolaises.
Le cuivre congolais est en train de changer de dimension sur le marché américain. En juillet 2026, les États-Unis ont importé 53 290 tonnes de cathodes de cuivre en provenance de la République démocratique du Congo, un record historique. Ce volume représente 23,9 % de l’ensemble des importations américaines de cuivre du mois, alors que les importations américaines totales ont dépassé pour la première fois les 220 000 tonnes.
Le contraste est spectaculaire : sur l’ensemble de l’année 2024, les États-Unis avaient importé moins de 32 000 tonnes de cuivre congolais. En un seul mois, la RDC a donc dépassé ce niveau annuel.

Cette progression traduit surtout une évolution du comportement des industriels américains. Malgré l’absence de marques congolaises parmi les cuivres livrables sur le COMEX, des fabricants américains de fils, de tubes et d’autres produits industriels acceptent désormais davantage les cathodes de la RDC. L’explication est simple : le prix. Le cuivre congolais peut être négocié avec une décote importante par rapport aux marques COMEX, ce qui permet aux acheteurs américains de réduire leurs coûts d’approvisionnement.
Mais cette dynamique se trouve aujourd’hui suspendue à une décision de Washington.
La Maison-Blanche hésite en effet à imposer de nouveaux droits de douane sur le cuivre raffiné, notamment les cathodes. Le gouvernement américain redoute qu’une taxation supplémentaire ne renchérisse les coûts des industries américaines qui dépendent fortement de ce métal stratégique : construction, équipements électriques, électronique, infrastructures et autres secteurs manufacturiers.
Cette hésitation est loin d’être anodine pour la RDC.
Une taxe sur les cathodes pourrait réduire l’avantage de prix dont bénéficie actuellement le cuivre congolais et modifier les arbitrages des importateurs américains. À l’inverse, le maintien du cuivre raffiné hors du dispositif tarifaire offrirait aux producteurs congolais une fenêtre supplémentaire pour consolider leur présence sur ce marché.
Washington se retrouve donc face à un dilemme : protéger davantage la production américaine ou éviter de pénaliser une industrie qui a besoin d’un approvisionnement abondant et compétitif.
Pour Kinshasa, le signal est particulièrement important. La RDC n’est plus seulement un grand producteur africain destiné principalement aux marchés asiatiques. Elle commence à s’imposer comme un fournisseur capable de répondre directement à la demande industrielle américaine.
Cette évolution intervient alors que le cuivre est devenu un métal stratégique pour les infrastructures électriques, les réseaux, les véhicules électriques et les centres de données. Les prix internationaux ont d’ailleurs atteint des niveaux records en 2026, dans un contexte marqué par les inquiétudes sur l’offre mondiale et les incertitudes liées aux tarifs américains.
Le véritable enjeu pour la RDC est désormais de transformer ce coup d’accélérateur en position durable. Cela passe par la qualité constante des cathodes, la sécurisation des volumes, la compétitivité logistique et surtout la diversification des débouchés.
Avec près d’un quart des importations américaines en juillet, le cuivre congolais vient de franchir un seuil symbolique. Washington peut encore changer les règles. Mais une chose est désormais claire : la RDC est entrée dans l’équation américaine du cuivre.
Sylvain Mwamba journaliste d’investigation et défenseur international des droits humains












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