DE L’EXIL ADMINISTRATIF À LA TÊTE DE LA DIVISION DES MINES, LE POUVOIR DE TSHISEKEDI MiS À L’ÉPREUVE

Quand la gestion des ressources humaines de l’État soulève des questions sur la compétence, la continuité administrative et la loyauté envers les institutions.

La République démocratique du Congo est engagée dans une guerre qui met à rude épreuve ses institutions, son économie et sa souveraineté. Dans ce contexte, chaque décision administrative devrait être guidée par le patriotisme, la compétence, l’expérience et le respect des règles de la Fonction publique.

Pourtant, une désignation annoncée à la tête de la Division provinciale des Mines du Lualaba suscite de sérieuses interrogations.

Madame Brigitte Kabati serait appelée à prendre les commandes de cette administration provinciale stratégique, après un parcours professionnel principalement documenté dans l’administration foncière du Sud-Kivu.

Elle avait été installée, le 17 octobre 2024, comme conservatrice intérimaire des titres immobiliers de Bukavu I, où elle exerçait auparavant comme cheffe de bureau chargée de l’enregistrement. Le 3 décembre 2024, une remise et reprise a consacré son remplacement.

Depuis lors, plusieurs questions se posent sur la continuité de son affectation et son parcours administratif.

Selon les informations portées à notre connaissance, elle aurait passé près d’une année sans affectation effective, dans le contexte de la guerre à l’Est du pays.

Mais la véritable question est ailleurs : sur quelle base professionnelle et administrative une agente dont le parcours publiquement documenté relève du secteur foncier pourrait-elle accéder directement à la direction de l’administration minière dans la province la plus stratégique du pays ?

Le Lualaba n’est pas une province administrative ordinaire. C’est un centre névralgique de l’économie congolaise, au cœur de l’exploitation du cuivre et du cobalt, des investissements internationaux, des enjeux de souveraineté économique et de la mobilisation des recettes publiques.

La Division provinciale des Mines y exerce des responsabilités considérables. Son chef doit notamment assurer le contrôle et la surveillance des activités minières, participer à l’application du Code minier et émettre des avis de conformité dans les matières relevant de ses compétences.

Il ne s’agit donc pas d’un poste de récompense, de consolation ou de simple repositionnement administratif.

UNE QUESTION DE RESPECT ENVERS L’ADMINISTRATION PUBLIQUE

Le président Félix-Antoine Tshisekedi a régulièrement placé la modernisation de l’administration, la lutte contre les antivaleurs et la méritocratie parmi les priorités de son action publique.

Dès lors, comment comprendre des décisions de désignation qui, faute d’explications documentées, donnent l’impression que l’expérience sectorielle et la progression professionnelle ne constituent plus des critères déterminants ?

Le nouveau cadre organique du ministère des Mines, signé en mai 2025, vise précisément à rationaliser les structures, les responsabilités et les affectations du personnel.

Il serait paradoxal de moderniser l’administration sur le papier et de laisser subsister des pratiques qui donnent lieu à des interrogations sur la gestion des ressources humaines.

Il ne s’agit pas de contester le droit d’une agente publique à poursuivre sa carrière, encore moins de lui reprocher d’avoir été affectée par une situation de guerre. Les agents publics victimes des conflits doivent bénéficier de la protection et de l’accompagnement de l’État.

En revanche, leur repositionnement dans des fonctions hautement techniques doit respecter les exigences professionnelles et réglementaires.

SABOTAGE DE LA VISION PRÉSIDENTIELLE OU SIMPLE DÉFAILLANCE ADMINISTRATIVE ?

Il serait prématuré de parler de sabotage délibéré du pouvoir de Félix Tshisekedi sans éléments établissant une intention ou une intervention fautive.

Mais une chose est certaine : si les conditions de cette désignation ne sont pas conformes aux exigences statutaires et professionnelles, ceux qui en portent la responsabilité devront s’en expliquer.

Car fragiliser la méritocratie, marginaliser les compétences disponibles et banaliser les fonctions stratégiques revient à affaiblir les institutions que le Chef de l’État prétend renforcer.

Dans une province où les intérêts miniers sont considérables, une telle décision ne peut être traitée comme une simple formalité administrative.

LE REJIC ET LE CDMDH DEMANDENT DES EXPLICATIONS

Nous demandons au ministère des Mines et au Secrétariat général aux Mines de rendre publics les éléments suivants :

L’acte administratif portant désignation de Madame Brigitte Kabati.

Son grade et son statut dans la Fonction publique.

Son parcours professionnel complet et ses qualifications académiques.

Les fonctions qu’elle a exercées durant la période précédant cette désignation.

Les éléments justifiant son choix pour diriger une administration minière stratégique.

Les dispositions statutaires et le cadre organique ayant fondé cette décision.

Nous demandons également que Madame Brigitte Kabati puisse présenter sa version et apporter les éclaircissements nécessaires.

L’État ne peut pas réclamer le patriotisme à ses citoyens tout en négligeant les exigences de compétence, de transparence et de responsabilité dans ses propres services.

La guerre impose davantage de rigueur dans la gestion de la République, pas moins.

Le Lualaba mérite une administration minière à la hauteur de ses enjeux. La souveraineté économique ne se défend pas uniquement dans les discours : elle se construit aussi par des nominations transparentes, des compétences reconnues et une administration publique respectueuse de ses propres règles.

La méritocratie ne doit pas être un slogan présidentiel. Elle doit devenir une réalité dans chaque administration de la République.

Sylvain Mwamba journaliste d’investigations et défenseur international des droits humains

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