JB MPIANA : L’HOMME QUI A SORTI WENGE MUSICA DU GHETTO ET DONNÉ AU NDOMBOLO SES LETTRES DE NOBLESSE

Il y a des artistes dont l’histoire est intimement liée à celle d’un groupe. Mais il y a aussi des personnalités dont l’ambition, le talent et le rayonnement contribuent à transformer un simple orchestre de quartier en phénomène musical international. Dans l’histoire de Wenge Musica, JB Mpiana occupe incontestablement une place particulière. Aujourd’hui, alors que certains semblent minimiser son apport, il est temps de remettre les pendules à l’heure.

Pour comprendre JB Mpiana, il faut remonter aux origines de Wenge Musica.

Fondé en 1981 à Bandalungwa, à Kinshasa, autour d’un groupe de jeunes amis, notamment Didier Masela, Aimé Bwanga, Werrason et Alain Mwanga, Wenge Musica était au départ une aventure musicale de jeunes passionnés. Un orchestre de quartier, animé par l’envie de faire de la musique et de se distinguer dans un environnement où les grandes formations musicales imposaient déjà leur loi.

C’est dans cette aventure que JB Mpiana fait son entrée au début des années 1980. Très rapidement, il s’impose comme l’une des figures majeures de l’orchestre. Mais au-delà de sa voix et de son talent d’interprète, il apporte quelque chose de fondamental : une ambition, une vision et une exigence artistique qui vont contribuer à changer le destin de Wenge.

MULОLO : LE PREMIER GRAND RENDEZ-VOUS AVEC L’HISTOIRE

En 1988, Wenge Musica sort son premier album, Bouger Bouger Makinzu. Le public découvre notamment « Mulolo », une œuvre composée par JB Mpiana qui devient un véritable succès populaire.

Cet album constitue un tournant. Il permet au groupe de sortir progressivement de son environnement initial et de s’imposer face aux grandes formations de la musique congolaise.

Il faut rappeler que JB Mpiana signe trois des six chansons de cet opus, notamment « Mulolo », « La Fille du roi » et « Bakolo Budget ». Une contribution importante pour un premier album qui allait ouvrir les portes de la reconnaissance à toute une génération de musiciens.

C’est aussi dans cette dynamique que plusieurs voix du groupe, dont celle de Werrason, commencent à gagner une visibilité auprès du grand public.

Rendre hommage à JB Mpiana ne signifie donc pas effacer les autres. Cela signifie reconnaître les contributions de chacun.

DE L’ORCHESTRE DE BANDAL AU PHÉNOMÈNE INTERNATIONAL

Avec Kin É Bougé en 1991, puis Kala-Yi-Boeing, Les Anges Adorables et Pentagone, Wenge Musica confirme son ascension.

Le groupe impose une nouvelle esthétique : habillement, chorégraphies, animation, arrangements musicaux, organisation scénique et professionnalisation de l’image des artistes.
Le concept BCBG, Bon Chic Bon Genre, devient progressivement une véritable identité.

Mais cette évolution ne se fait pas sans leadership. JB Mpiana s’affirme comme un meneur artistique et une figure centrale de cette transformation.

En 1997, avec la sortie de son album Feux de l’amour, il franchit une nouvelle étape. Le titre « Ndombolo » contribue puissamment à la popularisation de cette danse et de cette identité musicale qui vont conquérir l’Afrique.

Certes, le Ndombolo est le résultat d’une évolution musicale collective, et Wenge Musica a joué un rôle majeur dans son émergence et sa diffusion. Mais JB Mpiana demeure l’un des artistes dont le nom est le plus étroitement associé à son rayonnement.

WERRASON, JB MPIANA : DEUX DESTINS, UNE HISTOIRE COMMUNE

Il est regrettable de constater que, dans certaines discussions musicales, on oppose systématiquement JB Mpiana à Werrason, comme si reconnaître l’un exigeait de diminuer l’autre.

Werrason a son talent, son parcours et sa contribution incontestable à l’histoire de Wenge. Mais l’histoire mérite d’être racontée sans falsification ni ingratitude.

JB Mpiana a apporté sa voix, ses compositions, son leadership et une ambition qui ont contribué à faire franchir à Wenge un cap décisif.

En décembre 1997, la séparation du groupe ouvre deux grandes trajectoires : Wenge BCBG autour de JB Mpiana et Wenge Musica Maison Mère autour de Werrason.

Depuis, chacun a construit son univers, son public et son héritage.

Mais une question demeure : pourquoi vouloir aujourd’hui raconter l’histoire de Wenge en minimisant celui qui fut l’un de ses principaux moteurs artistiques ?

L’INGRATITUDE NE DOIT PAS RÉÉCRIRE L’HISTOIRE

JB Mpiana n’a pas besoin que l’on dévalorise ses anciens compagnons pour reconnaître sa grandeur artistique.

Il mérite simplement que son apport soit raconté avec honnêteté.

Celui qui a porté « Mulolo », qui a participé à l’affirmation de l’identité BCBG et qui a marqué l’histoire du Ndombolo avec Feux de l’amour ne peut être relégué au rang d’un simple ancien membre de Wenge.

Les générations futures doivent savoir que Wenge Musica fut une aventure collective, mais aussi que certains hommes ont contribué, par leur vision et leur leadership, à lui donner une dimension qui dépassait largement les frontières de Bandalungwa.

Honorons les pionniers. Respectons les fondateurs. Mais rendons à JB Mpiana ce qui revient à JB Mpiana. Car on peut discuter des rivalités, des séparations et des préférences musicales. On ne peut pas, en revanche, effacer la contribution d’un homme à une page aussi importante de notre patrimoine culturel.

Le Maréchal, le Souverain Premier, JB Mpiana : l’histoire de Wenge Musica ne peut pas s’écrire sans lui.

Sylvain Mwamba journaliste d’investigation et défenseur international des droits humains

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