TSHISEKEDI EST KATANGAI. KATANGA, KASAÏ, LUALABA, TANGANYIKA : DES RACINES HISTORIQUES QUI RELIENT LES PEUPLES

Les peuples du Katanga, du Kasaï, du Lualaba et du Tanganyika partagent des liens historiques, culturels et migratoires qui remontent à plusieurs siècles. Entre les traditions orales relatives aux ancêtres communs, les migrations des populations et les relations entre les anciens royaumes Luba et Lunda, l’histoire révèle des rapprochements importants entre ces communautés. Mais que disent réellement les traditions et les recherches historiques ?

Une mémoire ancestrale commune
Dans les traditions orales de plusieurs communautés du centre et du sud-est de la République démocratique du Congo, des récits évoquent des ancêtres communs, des migrations et la dispersion progressive de groupes familiaux vers différents territoires.

L’une de ces traditions, rapportée par un chef coutumier, fait référence à un ancien ancêtre nommé Ilunga, dont les descendants se seraient dispersés dans plusieurs directions après sa mort. Certains seraient restés dans leur territoire d’origine, tandis que d’autres auraient migré vers les régions correspondant aujourd’hui au Lualaba et au Kasaï.

Cette version mérite toutefois d’être confrontée à d’autres traditions coutumières et aux travaux historiques avant d’être présentée comme une généalogie établie.

Les Baluba du Katanga et du Kasaï : une parenté historique documentée

Les liens entre les Baluba du Katanga et ceux du Kasaï ont fait l’objet de recherches scientifiques. Dans une étude publiée en 1964, l’anthropologue Jean Hiernaux a notamment examiné l’origine commune de ces populations et les rapprochements entre leurs langues.

Ces travaux soutiennent l’existence de liens historiques entre les deux groupes, même si la chronologie précise des migrations et les différentes traditions d’origine ne font pas l’unanimité.

Cette parenté historique rappelle que les identités actuelles des provinces ne correspondent pas nécessairement aux limites des anciens espaces culturels et des mouvements de population.

Le Lualaba et les Lunda : des liens entre les anciens royaumes

Le Lualaba est également associé à l’histoire des populations lunda et à celle du royaume Lunda. Les traditions relatives à la dynastie du Mwant Yav, titre porté par le souverain traditionnel lunda, évoquent notamment des relations anciennes entre les Luba et les Lunda.

Il faut néanmoins distinguer les deux ensembles : les Luba et les Lunda possèdent leurs propres traditions historiques et politiques, même si leurs histoires se sont croisées à travers des alliances, des migrations et des échanges culturels.

Le titre Mwant Yav désigne donc une fonction de souveraineté traditionnelle ; il ne s’agit pas du nom d’un ancêtre unique.

Et le Tanganyika dans cette histoire ?

Le Tanganyika doit également être pris en compte dans l’étude des migrations et des relations entre les populations de cette partie de la RDC.

Les traditions concernant les déplacements de groupes issus des espaces luba et les liens entre les communautés du Kasaï, du Katanga et des régions orientales constituent des pistes importantes. Cependant, l’affirmation selon laquelle des Basongye seraient partis du Kasaï pour s’établir au Tanganyika doit être vérifiée auprès de sources historiques et coutumières précises.

Il serait donc prématuré d’affirmer que toutes les communautés de ces quatre provinces descendent d’un seul ancêtre. La démarche la plus rigoureuse consiste à identifier les traditions propres à chaque communauté, à les comparer et à les confronter aux recherches historiques, linguistiques et généalogiques.

Félix Tshisekedi est-il Katangais par ses origines ?

La question peut être posée sur le plan de l’histoire des populations, mais elle exige une distinction essentielle.

Le président Félix-Antoine Tshisekedi est né à Kinshasa et ses origines familiales sont généralement rattachées au Kasaï. Les liens historiques entre les Baluba du Kasaï et ceux du Katanga peuvent nourrir une réflexion sur une éventuelle parenté culturelle ou ancestrale. Toutefois, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir que le président serait originaire du Katanga au sens géographique ou généalogique.

Pour soutenir une telle affirmation, il faudrait disposer de documents familiaux, de traditions généalogiques précises ou d’autres sources fiables établissant ce lien.

Conclusion : une histoire à approfondir, au-delà des frontières provinciales

Le Katanga, le Kasaï, le Lualaba et le Tanganyika constituent des espaces où les migrations, les alliances et les échanges ont contribué à façonner des identités multiples. Les liens entre les Baluba du Katanga et du Kasaï sont documentés, tandis que les relations entre les Luba, les Lunda et les autres populations de la région méritent d’être étudiées dans toute leur complexité.

Les frontières administratives séparent les provinces, mais l’histoire des peuples peut révéler des liens qui les précèdent de plusieurs siècles. Pour établir précisément ces liens, les traditions orales doivent être respectées, documentées et confrontées aux recherches scientifiques.

Sylvain Mwamba Journaliste d’investigation et défenseur international des droits humains

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