Dans le paysage commercial de Matadi, l’importation des motos constitue aujourd’hui un secteur particulièrement dynamique. Mais derrière cette activité commerciale se dessine une question qui mérite l’attention des autorités : les motos importées en pièces détachées sont-elles réellement destinées à être vendues comme pièces de rechange, ou s’agit-il parfois d’une manière de réduire artificiellement la charge fiscale à l’importation ?
Les informations rapportées par plusieurs acteurs du secteur font état d’un mécanisme qui devrait faire l’objet d’un examen approfondi par les services compétents. Des motos arriveraient en conteneurs sous forme de pièces détachées, avec des déclarations portant séparément sur les pneus, rétroviseurs, cadres, moteurs ou autres composants.
Pris isolément, l’importation de pièces détachées est parfaitement légale. Le problème apparaît lorsque l’ensemble des pièces correspond, en réalité, à des motos complètes destinées à être remontées après le dédouanement.
C’est précisément cette frontière entre commerce légal et éventuelle optimisation frauduleuse de la déclaration qu’il convient aujourd’hui de clarifier.
1. DES MOTOS EN PIÈCES DÉTACHÉES : LE SYSTÈME QUI INTERPELLE
Le procédé décrit paraît, à première vue, simple.
Un conteneur serait chargé de différentes composantes : ici des pneus, là des rétroviseurs, ailleurs des cadres, moteurs, réservoirs ou autres éléments nécessaires au montage d’une moto.
Sur les documents douaniers, ces marchandises peuvent alors apparaître comme des pièces de rechange.
Mais une fois la marchandise sortie de la douane, le remontage des motos pourrait s’effectuer localement.
Si cette pratique est effectivement organisée à grande échelle, une question fondamentale se pose : la marchandise a-t-elle été correctement identifiée et correctement valorisée au moment de son entrée sur le territoire national ?
La réponse ne peut pas être donnée par de simples affirmations. Elle doit venir d’un contrôle professionnel des déclarations, des factures commerciales, des connaissements, des listes de colisage, des valeurs FOB, de la nature exacte des marchandises et de leur destination économique.
Car il ne faudrait pas qu’une opération présentée comme une simple importation de pièces détachées devienne, en pratique, un moyen de faire entrer des motos complètes sous une autre qualification douanière.
Le cas du conteneur
Les chiffres avancés dans le milieu commercial doivent également être vérifiés.
L’hypothèse évoquée est celle d’un conteneur de quatre pieds pouvant contenir un volume considérable de composants destinés au montage de motos. Certains parlent même de centaines, voire de plus d’un millier d’unités selon le conditionnement.
Si de tels volumes sont confirmés, l’enjeu devient considérable.
Quelques dollars de différence sur une unité multipliés par des centaines ou des milliers de motos représentent rapidement des montants importants pour le Trésor public.
Voilà pourquoi la question ne doit pas être considérée comme une simple querelle entre opérateurs économiques et administration.
Elle concerne directement les recettes de l’État.
2. QUAND LE FOURNISSEUR DEVIENT AUSSI IMPORTATEUR ET VENDEUR
Autre phénomène qui mérite l’attention : certains fournisseurs seraient devenus eux-mêmes importateurs et vendeurs.
Sur le plan commercial, cela peut évidemment être parfaitement légal.
Mais lorsque le même opérateur contrôle plusieurs étapes de la chaîne — fournisseur, importateur, distributeur et vendeur — les services de contrôle doivent être particulièrement attentifs à la cohérence entre prix d’achat, valeur déclarée, quantité importée et prix de revente.
Pourquoi ?
Parce qu’un commerce extrêmement rentable peut créer une tentation de minimisation de la valeur déclarée.
Là encore, il ne s’agit pas d’accuser indistinctement tous les importateurs de motos.
Il s’agit de poser une question simple :
les marchandises sont-elles déclarées à leur juste valeur et sous leur véritable nature ?
Si oui, les opérateurs n’ont rien à craindre d’un contrôle sérieux.
Si non, l’administration doit agir.
C’est précisément le rôle de la DGDA : protéger les intérêts financiers de l’État, faciliter le commerce légal et lutter contre les pratiques qui portent atteinte aux recettes publiques.
3. LA QUESTION DE LA VALEUR FOB : UNE ALERTE À PRENDRE AU SÉRIEUX
La question devient encore plus sensible lorsqu’on évoque la valeur FOB.
Selon les informations qui nous sont rapportées, la valeur FOB applicable à certaines marchandises aurait fait l’objet de plusieurs réajustements au niveau provincial.
Si cette information est exacte, elle mérite une explication claire.
Car une modification répétée des valeurs de référence peut avoir des conséquences importantes sur le comportement des opérateurs économiques.
Un importateur qui estime que les conditions de taxation deviennent trop lourdes à Matadi peut être tenté de rechercher d’autres points d’entrée ou d’autres circuits déclaratifs, notamment Kinshasa.
Et c’est là que le problème devient paradoxal.
En voulant renforcer la perception, on pourrait, si les mesures sont mal calibrées, contribuer à déplacer une partie des opérations commerciales vers d’autres bureaux.
L’administration douanière doit donc trouver le juste équilibre entre la lutte contre la fraude et la prévisibilité fiscale.
Une fiscalité efficace n’est pas nécessairement celle qui augmente constamment la pression.
C’est celle qui permet à l’État de recouvrer correctement, durablement et équitablement ce qui lui revient.
Matadi ne doit pas perdre son avantage
Matadi occupe une position stratégique dans le commerce extérieur de la RDC.
Son port constitue une porte d’entrée majeure pour les marchandises destinées au marché congolais.
Il serait donc dommage que des pratiques administratives mal comprises, des conflits de valorisation ou des soupçons de fraude conduisent progressivement certains opérateurs à privilégier d’autres circuits.
La solution ne consiste pas à fermer les yeux.
Elle ne consiste pas non plus à étouffer les opérateurs honnêtes.
Elle consiste à contrôler intelligemment.
4. DGDA : IL EST TEMPS DE FAIRE REVENIR LES AGENTS À LA RAISON
Le message doit être clair.
La lutte contre la fraude ne peut pas être sélective.
Elle ne peut pas dépendre des personnes, des relations ou des intérêts particuliers.
Chaque importateur doit être soumis aux mêmes règles.
Chaque déclaration doit pouvoir être contrôlée.
Chaque marchandise doit être correctement identifiée.
Et chaque recette qui revient légalement à l’État doit être effectivement perçue.
S’il existe des agents qui ferment les yeux sur certaines pratiques, ils doivent être rappelés à leurs responsabilités.
S’il existe des importateurs qui contournent volontairement la législation, ils doivent répondre de leurs actes.
S’il existe des insuffisances dans les méthodes de valorisation, elles doivent être corrigées.
La DGDA doit d’abord se montrer exemplaire.
Car on ne peut pas demander aux opérateurs économiques de respecter la loi si certains pensent que l’administration elle-même fonctionne selon des arrangements variables.
Un appel à la hiérarchie
La hiérarchie de la DGDA devrait, à notre sens, ordonner un contrôle ciblé du secteur de l’importation des motos à Matadi.
Ce contrôle pourrait notamment comparer :
les déclarations douanières ;
les factures commerciales ;
les listes de colisage ;
les connaissements ;
les valeurs FOB déclarées ;
les quantités réellement importées ;
la nature des pièces déclarées ;
les prix de revente sur le marché ;
et, lorsque cela est nécessaire, les opérations de remontage effectuées après dédouanement.
L’objectif ne doit pas être de persécuter les commerçants.
L’objectif doit être de savoir exactement ce qui entre, sous quelle forme, à quelle valeur et avec quel niveau de taxation.
C’est seulement à partir de données vérifiables que l’État pourra déterminer s’il existe effectivement une fraude organisée ou simplement une pratique commerciale parfaitement conforme à la législation.
CONCLUSION: LES RECETTES PUBLIQUES NE DOIVENT PAS ÊTRE LA VARIABLE D’AJUSTEMENT
L’affaire des motos de Matadi pose finalement une question beaucoup plus large : quelle administration douanière voulons-nous pour la RDC ?
Une administration qui laisse prospérer les zones grises ?
Ou une administration moderne, professionnelle, transparente et capable de distinguer l’opérateur honnête du fraudeur ?
La réponse devrait être évidente.
La RDC a besoin de recettes pour financer ses routes, ses écoles, ses hôpitaux, ses infrastructures et ses services publics.
Chaque franc perdu à cause d’une sous-déclaration ou d’une fausse qualification de marchandise est donc un franc qui manque quelque part à la collectivité.
Mais la lutte contre la fraude doit également respecter les droits des opérateurs économiques.
Il faut contrôler sans harceler, taxer sans étouffer, sanctionner sans arbitraire et surtout appliquer les mêmes règles à tout le monde.
À Matadi, le dossier des motos mérite donc mieux que les rumeurs et les accusations croisées.
Il mérite un véritable audit douanier, des chiffres, des documents et des explications publiques.
Si les soupçons sont infondés, le contrôle permettra de blanchir les opérateurs concernés.
S’ils sont fondés, il faudra alors agir avec fermeté.
Car au bout du compte, la DGDA n’est pas là pour protéger quelques intérêts particuliers. Elle est là pour protéger les recettes et les intérêts de la République.
Le moment est donc venu de faire revenir tout le monde à la raison : importateurs, déclarants, fournisseurs et surtout agents chargés du contrôle.
La fraude ne doit pas devenir une méthode de commerce.
Et la douane ne doit jamais devenir un espace où la complaisance coûte à la République ce que les contribuables honnêtes s’efforcent de payer.
La Résistance












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